Merci à Flaeni d'avoir lancé un sujet sur cet article !
Je voulais réagir mais je ne savais pas trop bien où le faire.
En effet, je pense que toutes les utilisatrices de couches lavables (ce sont généralement les mamans qui s'en occupent mais les papas s'y mettent aussi !) ont été un peu étonnées par ces info transmises par l'ADEME récemment.
La méthodologie est disponible, et bien détaillée, dans l'article qui sert de référence au papier de l'ADEME :
An updated lifecycle assessment study for disposable and reusable nappies, UK, 2008
Il suffit de "googler" le titre et on trouve le pdf très facilement.
En gros l'étude compare différents scénarios :
1 pour les jetables;
7 pour les lavables en fonction des usages de machines à laver, sèches linge, qualités économiques des appareils, etc.
Et surtout elle trace l'ensemble du processus de fabrication des 2 types de couches depuis l'extraction des matières premières, pendant l'ensemble des process de fabrication jusqu'à la production du produit fini. Puis elle prend en compte le traitement des déchets pour les jetables.
... et c'est là que ça se complique.
Il y a selon moi beaucoup de "petits points" qui n'ont pas été pris en compte et d'hypothèses de départ un peu limites :
1. les résultats en ce qui concernent les jetables sont basés sur un postulat prédictif qui considère que le poids des couches jetables devrait baisser de 10% dans les années qui viennent... pas sur que ce soit effectivement le cas
2. le scénario de base concernant les jetables ne tient pas compte du poids du "pipi-caca" !! Sachant que c'est quand même 80% de ce qu'on jette quand on met une couche à la poubelle, comment considérer les conclusions comme valides in fine ?
3. le nombre moyen de couches jetables utilisées par jour a mystérieusement évolué au fil du papier : il est passé de 4.16 à 3.796... ? C'est évidemment le dernier chiffre qui est repris dans les résultats.
4. le poids du packaging est pris en compte pour l'analyse de l'intérêt environnemental des lavables, pour pas pour les jetables. Pourtant elles sont bien vendues dans des cartons. Ces emballages ne sont jamais évoqués dans l'étude.
5. Les quantités d'eau utilisées pour le cycle de vie des jetables me parait bien faible... (mais là ce n'est que mon avis) sachant qu'une jetable est composée pour un tiers de cellulose et que la production de cette fibre est très consommatrice en eau. Je ne m'y connais malheureusement pas suffisamment dans ce domaine pour développer plus sur ce point, mais ça m'étonnerait fort que ce soit des consommations comparables à celles des lavables... (il est estimé que pour 2 ans et demi d'utilisation de couches lavables, la consommation en eau et électricité est d'environ 250€. Je serai très étonnée d'apprendre que les coûts liés à la production de cellulose nécessaire à la fabrication des jetables utilisées sur la même période soit du même ordre).
Cela dit, l'étude a quand même le mérite de démontrer de façon très détaillée comment un usage non adapté des appareils ménagers peut augmenter vos dépenses énergétiques et donc minimiser l'intérêt environnemental des couches lavables.
En toute sincérité, je suis persuadée que les utilisatrices de couches lavables savent fort bien se servir d'une machine à laver et sont surtout très concernées par les questions environnementales. Utiliser des couches lavables et négliger les règles de bon usage des appareils ménagers sont de mon point de vue deux choses incompatibles et totalement incohérentes.
Enfin, ce papier soulève quelques interrogations à propos de l'ADEME :
- Pourquoi sortir ce papier maintenant ? L'étude anglaise date de 2008. Pourquoi n'en parler que 4 ans après sa sortie ?
- L'ADEME serait elle sujette à la schizophrénie ? Pourquoi "dénigrer" l'intérêt environnemental des lavables et participer en parallèle à une foultitude d'actions pour promouvoir, voire financer, ce mode alternatif de couches ?
Tout ceci laisse perplexe...