La rentrée au lycée expérimental de Saint-Nazaire, avant-goût de démocratie
La rentrée lundi au lycée expérimental de Saint-Nazaire aura pour sa centaine de nouveaux élèves un avant-goût de démocratie, dans cet établissement hors normes cogéré par les enseignants et des jeunes souvent rétifs au système scolaire.
Créé en 1982 notamment par le militant de l'éducation alternative Gabriel Cohn-Bendit, ce lycée expérimental --l'un des trois en France-- est loin du modèle classique: ni conseiller principal d'éducation (CPE), ni cuisinier, ni vraiment de proviseur car l'établissement de près de 150 élèves est rattaché à un autre lycée nazairien.
Ici on ne parle pas de professeur mais de MEE (prononcer Meu) pour désigner les 19 membres de l'équipe éducative, ni de classes mais d'"ateliers", ouverts à tous et dans lesquels sont enseignées les différentes matières choisies par l'équipe éducative et les élèves.
Les lycéens déjà inscrits l'an dernier sont rentrés depuis jeudi pour préparer l'arrivée lundi des nouveaux élèves. Ces derniers ont déjà fait deux jours de stage car "il faut savoir à quoi s'attendre quand on vient ici", explique Valentin, 19 ans et en terminale L.
Ce lycée est ouvert à tous, y compris aux jeunes déscolarisés, mais les candidats doivent être avertis de leurs obligations. Un lycéen de terminale devra ainsi passer près de six semaines dans un des six "groupes de gestion" qui assument, par roulement tous les 15 jours, ménage, cantine, administration et autres tâches.
Le baccalauréat est loin d'être l'objectif de tous, ce qui explique un taux de réussite très faible, entre 10 et 20%.
Valentin prévoit ainsi de présenter l'examen cette année, mais juste pour s'y "confronter", affirme-t-il. Car ce jeune blond aux cheveux longs qui vivait "dans les jupes de ma mère" a découvert dans ce lycée, en même temps que l'autonomie, une passion pour le cinéma qui l'a décidé à intégrer une école spécialisée.
"On est souvent perçus comme un lycée de la dernière chance, quelque part c'est vrai, mais en même temps c'est faux, certains sont là par choix", nuance Maxime, en 1ère L à 21 ans. Après un CAP et un BEP dans une branche qui ne lui plaisait pas, il a choisi de rejoindre le lycée expérimental pour avoir son bac et "partir sur un autre métier".
Pour les enseignants aussi, travailler au lycée expérimental repose sur le volontariat, car "il faut être sûr d'en être capable", explique Mikaela Hérault, professeur d'allemand.
"Il faut être polyvalent, capable d'enseigner une matière qui n'est pas la sienne, accepter la relation particulière avec l'élève, mais aussi de nettoyer les toilettes avec lui", explique la MEE qui, jusqu'aux prochaines vacances scolaires, siègera au comité d'établissement, l'organe de décision du lycée composé de deux enseignants et six élèves.
Derrière la dimension utopique du lieu, "la cogestion du lycée demande beaucoup d'organisation, beaucoup de temps", note Valentin. "On se force des fois à des consensus", ajoute Maxime.
"La liberté, c'est ce qu'il y a de plus compliqué", résume Mikaela.