Du plaisir à apprendre, pas de la souffrance. CQFD
Les écoles françaises de voile adoptent une pédagogie ludique
LE MONDE | 29.05.07 | 16h10 •
Les écoles françaises de voile (EFV) font leur révolution. Après vingt-cinq ans passés sur le mode pur et dur, du "pour être un bon marin, il faut en souper", l'heure est au plaisir, à la pédagogie douce, à l'écoute des mousses, jeunes et vieux, qui ne rêvent que de haute mer. Objectif : séduire les quelque 425 000 stagiaires accueillis chaque année (chiffres de 2006), dont 45 % ont moins de 12 ans, 35 % entre 13 et 17 ans et 10 % plus de 35 ans.
Révolue, l'époque où l'on passait des heures ancré sur le sable, moulé dans la combinaison fournie avec le stage, vétuste, si salée et humide que jamais elle ne séchait, pour écouter un moniteur martelant les barbarismes du langage marin (on parle de "bouts", pas de "cordes"...). Avant de se lancer dans les embruns, il s'agissait d'ingurgiter le vocabulaire adéquat pour différencier la bôme des haubans, l'étai du mât, la barre du safran. Ou encore d'accepter de passer trois jours sur la grève pour apprendre à relever le gréement d'une planche à voile. Une initiation menée à la baguette qui tendait à éloigner jusqu'aux stagiaires de bonne volonté.
Désormais, le temps de navigation sur l'eau est garanti : les bateaux attendent les élèves sur la grève, prêts à naviguer. Celui qui voudra gréer lui-même son esquif (monter la voile sur le mât, préparer les écoutes, le gouvernail...), viendra plus tôt, et ce temps supplémentaire passé avec le moniteur est gratuit.
"L'enseignement ne correspondait plus aux attentes des pratiquants, tranche Sylvie Lasseau, conseillère technique chargée du développement à la Fédération française de voile (FFVoile). Nous nous sommes engagés dans un programme de modernisation. Les jeunes viennent pour la glisse, ils recherchent la vitesse, les vagues." Inscrits aux stages "Sensation", ces participants navigueront en fin d'après-midi, à l'heure où le vent thermique est le plus fort, donc le plus favorable, et non plus systématiquement le matin, souvent par calme plat.
La nouvelle démarche pédagogique doit tenir compte des attentes. "Pour la sensation, il faut aller sur l'eau tout de suite, c'est la priorité", argumente Mme Lasseau. Le matériel, qui a beaucoup évolué (planches à voile plus larges, très stables, au gréement léger, facile à relever), permet au débutant de ne plus être en échec et de partir au large dès les premières séances.
Une trentaine d'écoles sur les 496 établissements labélisés EFV ont d'ores et déjà détrôné les vénérables Optimist, sorte de "sabots de mer". Ceux-ci sont remplacés par des Open Bic, dériveurs plus nerveux, même par faible brise, et des RS Feva, pour varier la pratique solitaire et naviguer à deux sur des coques plus rapides.
A chaque public correspond une nouvelle offre. A l'attention des plus âgés, voire des seniors attirés par des prestations inédites, les balades nautiques se développent. En Bretagne, à bord de vieux gréements, en bateaux collectifs ou en kayaks de mer, elles font découvrir les spécificités naturelles d'un site sans exiger d'acquis technique. Expérimenté depuis cinq ans, l'accueil des très jeunes (4-8 ans) pendant que les parents naviguent est déjà proposé par 200 centres nautiques.
L'ensemble des 496 écoles françaises de voile ont adopté la démarche pédagogique de la FFVoile, qui classe, dorénavant, les stages en trois projets : sensation (glisse plaisir), performance (régates, croisières) et exploration (balade). Quel que soit le projet retenu, une formation est dispensée dans trois domaines (sécurité, technique, environnement), avec une progression à cinq niveaux de pratique et d'autonomie. Au niveau trois, par exemple, le stagiaire est autorisé à naviguer sans moniteur, mais dans un périmètre surveillé.
Le deuxième engagement de la FFVoile est l'accord de qualité Afnor sur l'infrastructure, le matériel (dont 20 % sont à renouveler chaque année) et la compétence de l'enseignement. Cahier des charges à l'appui, tous les centres nautiques labélisés EFV y ont souscrit.
Florence Evin