Un instituteur a écrit :
Dès la fin des années 1950, un premier débat sur le « collège unique » met en exergue l’idée selon laquelle, compte tenu de l’hétérogénéité des élèves, il faut adapter l’enseignement à l’ensemble de la population scolaire. En mars 1968, un colloque, à Amiens, dénonce « l’inadaptation totale des enseignements ». Les intervenants, qui s’autoproclament « rénovateurs pédagogiques », désignent leurs cibles : la transmission du patrimoine national, les modèles culturels traditionnels, la hiérarchie. En conclusion de leurs travaux, ils affirment qu’il faut impérativement envisager « une révision déchirante des finalités de l’école » et renoncer à « une conception exclusivement intellectualiste et encyclopédique de la culture ». Tout ou presque était dit dans cette sorte de préambule aux « idées de Mai » en matière d’enseignement.
Au même moment, d’autres signes indiquent que la vision du rôle de l’école dans la société se transforme, avec le développement de ce que les « sciences de l’éducation » appellent la « pédagogie par objectifs ». Dans les textes qui justifient cette pédagogie, le mot de « formation » (« initiale » et « continue ») se substitue à celui d’« enseignement ». Il s’agit d’éradiquer la pédagogie traditionnelle, jugée incapable de résoudre les « difficultés des jeunes ».
Autre mot-clé de ce nouveau discours éducatif, celui de « comportement » « behaviour », réservé jusqu’alors à la psychologie. Passé de la psychologie à la pédagogie, le « behaviourisme » (ou « comportementalisme ») va fonder les nouvelles pratiques pédagogiques. Dans les années 1940 et 1950, le psychologue américain B. F. Skinner écrivait : « Ce que nous savons, à la lumière des travaux de laboratoire, des mécanismes de l’apprentissage, devrait nous pousser à nous attaquer aux réalités de la classe et à les changer radicalement. » Il mettra en application cette idée en inventant le concept d’« enseignement programmé », qui connut un éphémère succès dans les années 1960-1970.
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