Cher Bertrand50 120,
Si vous avez l'esprit ouvert, vous trouverez dans ce forum beaucoup d'informations, et comment faire marcher son ordinateur avec d'autres sources d'énergie?
Le Monde de l'Economie: 21/02/2006
Comment tisser le réseau électrique de demain
Par Antoine Reverchon
Consciente que le système de distribution actuel a atteint ses limites, l’Union développe des stratégies alternatives
L’alerte avait été donnée par les grandes pannes en Californie en 2000, puis à New York trois ans plus tard et a été confirmée lors de la canicule de l’été 2003, lorsque plusieurs pays européens, dont la France, ont été au bord de la rupture de leurs réseaux : le système de distribution d’électricité en vigueur dans les pays développés – c’est-à-dire une production centralisée autour d’un petit nombre d’unités de très grande taille puis transportée par des lignes à haute tension alimentant l’ensemble du territoire – a atteint ses limites.
La Commission européenne, dont la direction Energie a réuni du 6 au 8 février les experts du secteur à l’occasion du colloque Manag’Energy à Bruxelles, devrait annoncer, début avril, le lancement officiel d’une plate-forme technologique préfigurant le « réseau électrique du futur », afin de réunir opérateurs et Etats européens autour d’une stratégie commune de « production décentralisée ». L’avantage d’une telle formule est triple.
Premièrement, la production décentralisée utilise essentiellement les sources d’énergie pas ou peu polluantes (éolien, solaire, biomasse, géothermie, micro-turbines à gaz), alors que les grandes unités de production ont, à l’exception des centrales nucléaires, le pétrole, le gaz et le charbon pour combustibles. Or pétrole et gaz verront leurs prix continuer à s’envoler au fur et à mesure que l’on approchera de l’épuisement des gisements et, tout comme le charbon, ils contribuent au réchauffement climatique. Pour respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’Union européenne (UE) s’est fixé un objectif de 21 % d’électricité produite à partir de sources renouvelables d’ici à 2010.
Deuxièmement, même s’il était possible d’accroître la production, la capacité du réseau de transport n’est plus extensible. La construction de lignes à haute tension est refusée par les populations, le coût des lignes souterraines est trop élevé : Etats et opérateurs refusent de le partager, les goulets d’étranglement se situant surtout aux frontières nationales. Dans un marché déréglementé, le maillon faible d’un réseau national est devenu le maillon faible de tout le système.
Enfin, le mécanisme qui fixe en temps réel le prix du marché de l’électricité de gros fait du prix du dernier producteur celui de l’ensemble de la production. Dès que la demande est forte, le tarif du gigawattheure s’envole : il a été en moyenne de 43 euros en 2005, contre 25 euros en 2001, et a atteint 1 000 euros pendant la canicule de 2003 ! Cette volatilité crée des bénéfices colossaux pour les opérateurs, mais un important risque économique pour les consommateurs, en particulier les entreprises.
Diversifier les sources de production locales permet d’adapter en temps réel, en jouant sur la variété de leurs qualités – disponibilité, prix de revient, performance environnementale –, la puissance et la qualité du courant distribué en fonction des besoins du consommateur local, ainsi poussé à acheter les solutions selon leur « ordre de mérite », plutôt que de payer au prix fort le droit de puiser sans limites sur un réseau unique, de moins en moins capable de répondre aux variations de la demande.
Le concept de production décentralisée s’est ainsi imposé dans les pays du nord de l’Europe, au Royaume-Uni, en Californie, mais il tarde à émerger en France, tant les résistances restent fortes. Pour être viable, un tel modèle exige d’établir en temps réel « l’ordre de mérite » des sources de courant – y compris le réseau national –, par rapport à une demande donnée. Il faut donc construire un système d’information, fonctionnant de façon interactive entre opérateurs et consommateurs.
Avec le soutien de la Commission européenne, des expérimentations ont été menées à Milan (Italie) et à Cassel (Allemagne) depuis 2001. C’est leur succès et ceux enregistrés au Danemark et au Royaume-Uni qui incitent la Commission à franchir une nouvelle étape. Mais il faudra, dans le cas français, surmonter les habitudes de dizaines d’années de domination d’un modèle hypercentralisé.
« L’appel d’offres lancé par le gouvernement pour la production d’électricité par la biomasse prévoit la construction de grosses unités en pleine campagne. Alors que la viabilité économique des énergies renouvelables suppose des petites unités de cogénération, fabriquant simultanément électricité et chaleur, donc proches des habitations », observe Gérard Magnin, délégué général d’Energie- Cités, association regroupant les villes européennes pionnières en matière de production décentralisée.
« Un réseau de distribution ne se change pas en trois jours, répond Jacques Jouaire, directeur des programmes Réseaux et Environnement à EDF Recherche & Développement. La transformation sera lente, en« taches de léopard », selon les possibilités de production locales et les choix des collectivités appelées à jouer un grand rôle. EDF devra accueillir de façon plus fluide ces initiatives et proposer des services de gestionnaire de production et distribution locale. Ce qui est certain, c’est qu’il faut désormais investir dans l’intelligence des réseaux plutôt que dans les câbles. »