grepin a écrit :
Dans la foultitude des chaînes satellitaires mondiales, Al Jazeera occupe une place à part. Non pas qu’elle se drape du professionnalisme et de l’objectivité exigés, qualités récusées par deux de ses journalistes vedettes démissionnaires.
Ghassan Bendjeddou et Faycal Kacem, les polémistes provocateurs qui ont mis à nu le parti pris de la chaîne, mais par le fait qu’elle est devenue le pire ennemi des régimes arabes sclérosés et traumatisés par les changements annoncés. Les récents événements survenus dans la sphère géographique arabe ont démontré l’impact de cette chaîne sur le cours des événements. Les dirigeants arabes concernés y voient un tsunami emportant tout sur son passage, un cataclysme plus dévastateur que les armes les plus sophistiquées. Et il n’y a qu’à voir la posture du dictateur El Gueddafi, la mine défaite, vociférant contre « ces chiennes de télévisions arabes », – visant bien sûr Al Jazeera – qui, selon lui, sèment la division, le désespoir et la désolation. A l’évidence, Al Jazeera a une telle influence politique, diplomatique et stratégique qu’elle semble jouer invariablement sur les relations internationales. El Gueddafi s’en est plaint. Et pas seulement lui. Moubarak avait décidé en 2000, lors d’un voyage officiel, d’effectuer une visite, inopinée à cette station.
A la fin, il s’exclame dans une phrase restée célèbre : « Dire que tous mes ennuis proviennent de cette boîte d’allumettes. » Soucis prémonitoires, puisque, en grande partie, c’est cette boîte d’allumettes qui l’a bouté hors du pouvoir en janvier dernier. Pourtant, au plus fort de la contestation sur la place Tahrir, Moubarak s’était résolu à se venger de cette « boîte ». Il décide de couper la fréquence de la chaîne qatarie sur le satellite Nilesat. Il interdit à la chaîne de diffuser, ferme ses bureaux au Caire, retire les accréditations de ses journalistes, en suggérant aux Egyptiens de ne pas écouter les chaînes satellitaires, d’écouter seulement leur cœur. Ces conseils ne trouveront pas d’oreilles attentives, puisque sur la place enflammée, une grande banderole proclamait « Merci Al Jazeera » En vérité, Al Jazeera, créée en 1996, a construit son audience sur le vide découlant des médias anesthésiés des régimes autocrates arabes,
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