Réaction de BlueOrchard au reportage d’ « Envoyé Spécial », France 2, jeudi 14 mai 2009
La microfinance a connu ces dernières années un formidable essor à travers le monde, jusque dans les contrées les plus reculées. Avec la croissance de sa clientèle, les acteurs et les approches se sont également démultipliés. Cette extraordinaire expansion ne manque pas d’animer de vifs débats au sein même de cette industrie et au-delà, sur la meilleure manière de conduire ses activités, les bonnes et mauvaises pratiques, les effets bénéfiques ou néfastes. Nous estimons que ces discussions critiques font partie d’un sain processus de maturation et d’autorégulation de ce secteur encore jeune.
Il est d’autant plus regrettable qu’une émission prestigieuse comme « Envoyé Spécial » se permette, à travers un éclairage partiel et réducteur, de donner une image si négative de la microfinance en général. Ainsi, le reportage clame que la dépendance au microcrédit est quasi systématique et entraîne les micro-entrepreneurs et leur famille de la pauvreté à la misère. Ce déclin serait la conséquence directe de la sollicitation de financiers attirés dans ce secteur par l’appât du gain qui pousseraient la clientèle au surendettement et qui exigeraient des taux d’intérêt abusifs.
Le surendettement et la dérive vers le crédit à la consommation sont des préoccupations importantes pour tout le secteur de la microfinance et sont abondamment débattues. Des mesures pour gérer ces risques, tels les « Principes de Protection des Clients » ont été développées et y sont largement promues (voir http://www.cgap.org/p/site/c/template.rc/1.26.4943/). De nombreux pays ont mis en place des bureaux de crédits nationaux pour surveiller le niveau d’endettement des clients de la microfinance et éviter les excès. En plus, la compétition dans les marchés où la microfinance fleurit a le plus souvent entrainé une baisse des taux d’intérêt et une amélioration de la qualité et de la diversité des services proposés par les institutions de microfinance.
La présentation partielle et simpliste de l’émission d’ « Envoyé Spécial » conduit le spectateur à se désolidariser d’une approche éminemment solidaire, alors que c’est justement dans un contexte de rééquilibrage global que le monde en développement à besoin de soutien, notamment par le biais d'un engagement international pour la microfinance. Il faut poursuivre les efforts pour permettre à ce secteur de grandir de façon saine et donc proposer des solutions adéquates aux problèmes qui se posent – et non pas en faire un procès biaisé et stérile sans proposer aucune issue.
La microfinance doit rester fidèle à sa mission première de financer des activités génératrices de revenus pour les personnes à très bas revenus. En collaboration avec les législateurs, régulateurs et organes de contrôle, elle doit avancer dans la mise sur pied, dans tous les pays concernés, d’un cadre réglementaire favorable qui permette d’éviter les dérives et écueils. L’industrie doit aussi continuer à établir des principes directeurs. Elle doit persévérer dans ses efforts de mise en place d’outils d’évaluation de l’impact social, ce qui implique également des contrôles et des mesures correctives. Ceux qui veulent s'impliquer dans la microfinance, se doivent d’être sélectifs dans les partenariats et collaborations choisis.
En tant qu’investisseur responsable, BlueOrchard procède à une analyse stricte et régulière des institutions de microfinance dans lesquelles nous plaçons des prêts ou investissons. Nos critères de sélection portent sur les objectifs socio-économiques de l’institution et les procédures mises en place pour les atteindre, la bonne gestion financière, les compétences du personnel et les relations avec la clientèle (y compris l’adéquation des taux d’intérêt imposés et la gestion de l’endettement). L’accent est mis sur des prêts qui servent à financer des activités génératrices de revenus, la transparence et l’efficacité de la gestion, la bonne gouvernance et l’impact socio-économique de nos partenaires. L’analyse de BlueOrchard inclut toujours une visite personnelle d’un ou deux analystes au sein de l’institution de microfinance, pendant laquelle l’analyste rencontre aussi des clients et clientes de cette institution.
Retirer son soutien à la microfinance aujourd’hui serait un acte de désolidarisation désastreux pour toutes les personnes qui ont pu grâce à ses services se construire une vie active et sortir de la pauvreté et de la dépendance. Nous invitons toutes les personnes qui s’intéressent à cette approche prometteuse de se renseigner de façon plus approfondie sur ses pratiques et les règles qui la gouvernent, et de ne pas en rester sur une impression défavorable qu’aurait générée le reportage d’ « Envoyé Spécial ».
Antonella Notari Vischer
Directrice de la Communication
BlueOrchard
Antonella.notari@blueorchard.com
www.blueorchard.com
Voir aussi l’excellente réponse de Arnaud Poissonnier sur Babylonian, http://blog.babyloan.org/index.php [...] -le-14-mai
D’autres réactions à l’émission sur : http://forums.france2.fr/france2/e [...] 0108_1.htm