USAGER FAiBLE a écrit :
ADDICTIONS Les français anesthésiés aux psychotropes
Édité par TQa, samedi 1 juillet 2006 à 01:01 :: DÉPÊCHES TOXICO :: permalien #1266
(En bref...) -L’AFP, LIBERATION, LE PARISIEN et LE MONDE rendent compte d’un rapport parlementaire rendu public hier, qui indique que les Français sont les premiers consommateurs de médicaments psychotropes dans l’UE.
L’AFP indique que selon la députée Maryvonne Briot, rapporteur de ce document, édité par l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé, « Un Français sur quatre déclare avoir consommé au moins un médicament psychotrope au cours des 12 derniers mois et un sur trois en a déjà consommé dans sa vie », un recours qui selon elle devient « massif » après 60 ans où « la moitié des femmes et un tiers des hommes ont pris au moins un psychotrope au cours des 12 derniers mois ».
La députée précise « nos voisins européens recourent nettement moins souvent aux psychotropes: deux fois moins que nous en moyenne », un « écart flagrant avec l’Allemagne, les Pays Bas et le Royaume Uni ». D’après la parlementaire, « 80% des ordonnances émanent des médecins généralistes dont la formation continue est insuffisante et est assurée essentiellement par les laboratoires » dont le but « est de vendre des boîtes de médicaments », sachant toutefois que « leur stratégie de marketing n’est pas différente de celle des autres pays européens ». Soulignant que selon ce rapport, les traitements prescrits sont fréquemment peu adaptés et les indications peu respectées, l’agence rapporte que selon Maryvonne Briot « Il y a un problème de bon usage des psychotropes en France et (...) cette situation n’est pas sans risque » sans compter les dépenses induites pour l’Assurance maladie. L’agence qui précise que l’OPEPS émet 14 recommandations, évoque notamment la nécessité de faire des campagnes auprès du public pour un bon usage du produit ainsi que des campagnes de promotion d’hygiène de vie en particulier sur le sommeil.
Pour LE MONDE « Le système français (est) en cause dans la surconsommation de psychotropes ». Indiquant que ce constat est établi depuis plus de dix ans, le journal note que l’étude « apporte enfin un éclairage sur les raisons de ce phénomène » qui a conduit l’Assurance maladie a rembourser 1 milliard d’euros en 2004 contre 300 millions en 1980. D’après le quotidien, « de multiples facteurs sont susceptible d’expliquer cette surconsommation » qui est « à l’image de l’engouement suscité dans notre pays par le médicament en général », sachant que le système du paiement à l’acte « favorise cette tendance ».
Affirmant que pour les généralistes, prescrire un médicament psychotrope c’est répondre à « un mal être » du patient et « gagner du temps par rapport à une approche basée sur le conseil et la psychothérapie de soutien », le journal note que selon le rapport, à cela s’ajoute une formation médicale « notoirement insuffisante » et « essentiellement assurée par l’industrie pharmaceutique » avec des recommandations « mal appliquées » et des durées de prescription « peu respectées ». Les coordonnateurs de l’étude jugent « l’absence d’études pharmaco- épidémiologiques » sur l’usage et sur les consommateurs « particulièrement regrettable ». D’après le rapport, « la moitié des personnes consommant des antidépresseurs et plus de deux tiers de celles utilisant des somnifères et des anxiolytiques ne présentent pas de troubles psychiatriques (...) inversement moins d’une personne sur trois souffrant de dépression bénéficie d’un traitement approprié ».
Soulignant que selon les chercheurs des « alternatives » sont à rechercher du côté des psychothérapies, et que pour les personnes en attente d’une réponse médicamenteuse « l’homéopathie et la phytothérapie représentent indiscutablement une alternative possible », le journal rapporte que selon ceux-ci « L’Allemagne qui est le pays qui consomme le moins de psychotropes est aussi celui où la phytothérapie est la mieux remboursée ».
« Les pilules de l’âme ratent leur cible » titre LIBERATION qui juge la prescription de psychotropes en France « excessive et mal appropriée » . Evoquant ce rapport « aussi passionnant qu’inquiétant » qui montre que le recours à ces médicaments s’est « banalisé », le journal revient sur les grandes lignes de l’étude et sur ce « chiffre monumental » « lâché » par la député Maryvonne Briot « 120 millions de boîtes de psychotropes ont été remboursées en France l’an dernier ». Le journal qui observe par ailleurs que malgré cette consommation excessive « toutes les données (...) soulignent un énorme écart entre consommation et besoins », relève qu’en effet certaines personnes souffrant de dépression en sont « privées » alors qu’en revanche les personnes qui en consomment n’en ont pas toutes besoin. Pour le quotidien, « à l’évidence ce trop n’entraîne pas du mieux. Et produit parfois même du pire » car ces médicaments ne sont « pas anodins ».
Rapportant que pour les auteurs de l’étude, les raisons de ce « dérapage généralisé » sont liées à tout un système qui n’est pas adapté, Libé souligne notamment que selon les chercheurs « des années 70 à aujourd’hui la formation pharmacologique des étudiants en médecine a décru de 160 heures à 80 heures ». La député Maryvonne Briot dénonce pour sa part « la fragmentation des responsabilités entre les différents organismes qui interviennent dans l’évaluation des médicaments ». Pour Libé « c’est toute la copie qui est à revoir ».
Un encadré sur « Le lobby des labos pharmaceutiques » où le journal observe que « non sans ironie le rapport signale les innombrables actions de l’industrie pharmaceutique pour imposer ses pilules » avec « l’invention de nouvelles pathologies (...), l’élargissement des indications d’un médicament (...) ou encore une nouvelle présentation galénique (...) pour éviter l’apparition d’un générique (...) (avec) bien sûr le rôle des visiteurs médicaux. Et celui des congrès pharmacologiques (...) Sans oublier la presse médicale financée aux deux tiers par l’industrie ».
Sous le titre « Les Français accros aux psychotropes » LE PARISIEN reprend les grandes lignes du rapport. Le journal pointe notamment la connaissance insuffisante qu’ont les médecins des effets pervers de ce type de produits, avec parmi ces effets « le syndrome de sevrage qui fait que les gens se retrouvent en manque quand ils arrêtent brusquement leurs pilules ». Source: MILDT, Paris
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