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Chateaubriand et le doux sommeil de l'enflure

 

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Auteur Sujet :

Chateaubriand et le doux sommeil de l'enflure

n°248907
Loxias
Posté le 30-07-2012 à 13:24:19  profil
 

L’autre jour, je feuilletais l'Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand. Je suis tombé sur la dernière phrase de l’ouvrage : « Dans tous les cas, j’ai assez écrit, si mon nom doit vivre ; beaucoup trop, s’il doit mourir. » Et je me suis dit que l’homme qui avait écrit cette phrase était un homme heureux, ou du moins en paix avec lui-même. Quel doux breuvage que ce mélange de mélancolie, d’ego et de mysticisme ! Pour des âmes telles que celle de Chateaubriand, la solitude et la misère mêmes sont des aliments qui nourrissent leur moi hypertrophié. Ce qu’on perd du côté du monde, on le regagne du côté du Ciel. Et la vie s’écoule tranquillement pour ceux qui se sont ainsi lovés dans des rêveries de grandeur et de cimetières… La formule a fait ses preuves, et deux des plus illustres admirateurs de Chateaubriand, Victor Hugo et Julien Gracq, ont atteint respectivement les âges avancés de quatre-vingt-trois et quatre-vingt-dix-sept ans. A l’opposé, l’écrivain le plus humble et le plus lucide de notre littérature, l’ennemi juré de l’emphase, Charles Baudelaire, est mort à quaranre-six ans, après de longs mois de paralysie complète. Qui sait quelle eût été sa destinée s’il avait cultivé davantage son narcissisme et multiplié les tête-à-tête avec l’infini ! Qui peut douter qu’une admiration inconditionnelle pour soi-même ne soit un élément extrêmement bénéfique pour la santé ? Peut-être que la méthode de Chateaubriand, face aux souffrances très aiguës  qui ont commencé et continueront à s’abattre sur les peuples pour châtier leur aveuglement coupable lors des élections, est une bonne méthode, la meilleure des méthodes. Au sein du désordre  et des tempêtes, s’enivrer de son propre moi et élever ses petits malheurs à des proportions bibliques, n’est-ce pas la moins douloureuse des attitudes à adopter ? Mais non ! Imitons plutôt la ferme lucidité des Romains et convaiquons-nous avec le sévère Salluste que la vertu vient à bout de toutes choses.


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