Le procès Breivik et l'Etat de droit
Un grand procès se reconnaît-il à de petits détails ? Le 16 avril, au lever de rideau du procès d'Anders Breivik, jugé pour le meurtre de 77 personnes, le 22 juillet 2011, en Norvège, alors que la tension est à son comble après des mois d'attente nerveuse et de couverture médiatique massive, la première image, passé le salut provocateur de Breivik, est celle des deux procureurs puis des quatre psychiatres qui, l'un après l'autre, vont jusqu'à l'accusé pour lui serrer la main. Ces poignées de main n'ont pas fait l'unanimité en Norvège, loin de là. "Un comportement poli et correct lors du procès est une chose. Mais rien n'oblige à serrer la main d'un meurtrier", notait un éditorialiste.
Et pourquoi laisser Breivik les mains libres, à même de faire son salut extrémiste pendant les trois premiers jours ? "Le meurtrier mène un jeu symbolique. Espérons que la justice norvégienne puisse montrer que c'est l'Etat norvégien qui contrôle les symboles dans cette affaire, pas l'accusé", soulignait ce journal norvégien.
Comment un terroriste froid et manquant à ce point de compassion peut-il être traité avec un tel respect ? De nombreux journalistes habitués des prétoires européens se sont posé cette question. De nombreux lecteurs aussi. Comment font les parents des victimes - parmi lesquelles il y avait 32 jeunes de moins de 18 ans -, les survivants, les citoyens touchés même indirectement par ce drame bestial, pour rester aussi stoïques ?
Jeudi 26 avril, 40 000 Norvégiens se sont enfin rassemblés à Oslo pour entonner une chanson que Breivik avait citée comme exemple d'endoctrinement des enfants. Tous les acteurs de ce procès ont pourtant la volonté farouche de garder le contrôle de leurs sentiments. Parfois, on a vu des parents quitter la salle en pleurs. Toujours discrètement. Des soupirs, pas de cris. Les Norvégiens ont-ils donc le sang glacé ? Rien ne dit que le procès se déroulera ainsi jusqu'à la fin juin.
Mais, depuis le 22 juillet 2011, la dignité est le mot d'ordre de ce petit pays. "C'est la façon norvégienne, a expliqué aux journalistes Trond Blattmann, père d'un garçon de 17 ans abattu sur Utoya et président du groupe de soutien aux familles. Nous avons besoin de mener cela avec dignité. Si les gens se mettaient à crier et à hurler, ça deviendrait un cirque, pas un procès."
L'obscénité du témoignage de Breivik n'a pas empêché les Norvégiens de le laisser s'exprimer jusqu'à plus soif, retenant leur envie de crier. "Je pense que tout le monde a cette envie, a déclaré M. Blattmann. Même ses avocats. Mais est-ce que cela aiderait ? Ça ne ferait que lui donner plus de publicité."
Tous ceux qui ont assisté à la première semaine du procès, celle où Breivik a eu largement la possibilité de s'expliquer, ont été frappés par le calme des procureurs. Une fois, on a vu la procureure, jeune femme blonde de 41 ans, sembler perdre patience. Breivik esquivait les questions sur ses séjours en 2002 au Liberia et à Londres où il aurait fait des rencontres décisives pour sa radicalisation. Même si la police doute que cette rencontre de Londres, où les templiers auraient été créés, a vraiment eu lieu. "Mais Breivik, pourquoi ne voulez-vous pasvous défendre ?", finit par s'énerver la procureure. Ce sera la seule fois où elle haussera le ton. D'une manière à peine perceptible. Elle passera aussitôt la parole à son collègue, qui reprendra ses questions sur un ton neutre. Breivik contestera la stratégie des procureurs consistant, selon lui, à tenter de le ridiculiser. Tout cela sur un ton lisse.
Pour comprendre, il faut rappeler les objectifs de ce procès hors du commun. Pour Breivik, il s'agit d'avoir une plate-forme et de convaincre qu'il n'est pas fou, puisqu'il reconnaît totalement les faits et a demandé à son avocat de ne pas chercher à atténuer sa peine.
Pour les survivants d'Utoya et les familles des victimes, l'objectif est d'essayer de comprendre et de faire entendre leur propre témoignage. Parmi eux, on trouve peu de voix qui contestent le fait que Breivik puisse ainsi s'exprimer ouvertement.
Pour la Norvège enfin, en tant que nation, l'objectif est d'apporter à la barbarie d'un terroriste qui voulait ébranler le système la réponse sans équivoque d'une démocratie forte qui saura assumer ses dilemmes, comme de laisser s'exprimer un terroriste ultranationaliste dont le seul regret est de ne pas avoir fait plus de victimes.
Or, que disent les survivants d'Utoya, si ce n'est qu'une démocratie forte doit être capable de digérer dignement et dans la transparence le fait qu'un terroriste ultranationaliste utilise son procès comme une plate-forme et fasse des déclarations abjectes et grotesques. Et qu'il se heurte à un mur compact : "En affichant décence et respect, les Norvégiens expriment à leur façon leur défiance vis-à-vis de Breivik", a ainsi expliqué Thomas Hylland Eriksen, professeur d'anthropologie sociale, dans un journal américain. "Il est bon de voir que l'Etat de droit fonctionne et que la société va de l'avant ", a écrit, sur le réseau social Twitter, Eskil Pedersen, président des Jeunesses travaillistes, et survivant d'Utoya. "Il y a un besoin psychologique profond de voir que le système judiciaire va fonctionner et être à la hauteur, surtout parce que les attaques de Breivik étaient dirigées contre le système", souligne Henrik Syse, un philosophe chercheur à Prio, un institut de recherche sur la paix.
Pour les Norvégiens, seule importe la victoire de l'Etat de droit sur un homme qui pensait le mettre à mal.
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SOUS LE RÈGNE DE LA DROITE UNE NOUVELLE CLASSE SOCIAL EST NÉE LES TRAVAILLEURS PAUVRE ! IL EST BEAU LE VRAI TRAVAIL DU MYTHO SARKOZY