Arrivé au staff du club en 1988, Bernard Lacombe revient dans un magazine sur ses 20 années passées au club.
Il établit également un 11 lyonnais sur cette période écoulée 1988-2008 qui est le suivant :
COUPET
AMOROS CRIS EDMILSON ABIDAL
Djilla DIARRA
ESSIEN
GAVA
JUNINHO
ANDERSON BENZEMA
Ma foi, je suis assez d'accord avec son 11.
Lacombe tire son portrait sur chaque joueur :
Gregory COUPET (OL de 1996 à 2008)
"Ce fut le meilleur, incontestablement. Sa chance au départ, c'est d'avoir du talent. Ensuite, il a su progresser de manière linéaire dans un contexte peu évident. Recruter un gardien de Ligue 2, qui plus est venant de Saint-Etienne, c'était un vrai pari pour lui comme pour nous ! A l'époque, son agent était Pape Diouf ! Au début, c'est Patrick Paillot qui s'occupait de l'entrainement spécifique des gardiens. Puis Joel Bats est arrivé, avec son vécu, son expertise au poste. Là, Greg a franchi un pallier."
Manuel AMOROS (OL de 1993 à 1995)
"Il pouvait jouer des deux côtés, mais c'est à droite qu'il était le meilleur. Manu Amoros, c'est ce qui se faisait de mieux en France, à son poste, dans sa génération. Sa grande force a été de n'évoluer que dans des grands clubs comme Marseille et Monaco. Il a ainsi toujours pu exprimer ses formidables qualités de contre-attaquant dans son couloir. C'était un défenseur d'expérience, fort en un-contre-un, et très professionnel. Un joueur qui nous a beaucoup apporté à une période où l'on avait besoin d'un leader comme lui pour encadrer nos jeunes."
CRIS (OL depuis 2004)
"Cris, c'est la combativité, la rigueur, l'archétype du défenseur central, du stoppeur. (à ce titre, je ne suis pas tout à fait d'accord avec Nanar. Cris, selon moi, n'est pas un stoppeur mais bel et bien un libero, mais un libero que je qualifierais de libero "rempart", c'est à dire plus proche du stoppeur en effet et pur défenseur central comme Mexes ou Alex de Chelsea plutôt que les liberos de tradition "ancienne" pour qui je les appellerais libero "technicien" comme Laurent Blanc, Mathieu Bodmer ou Edmilson et qui peuvent jouer défenseurs centraux ET milieux défensifs) Le meilleur stoppeur de l'OL de ces 20 dernières années, sans hésiter. Il défend toujours debout, est très fort dans les duels et fait preuve d'un état d'esprit irréprochable. Il représente vraiment le très haut niveau, le niveau international."
EDMILSON (OL de 2000 à 2004)
"Edmilson est pour moi le plus grand libero de tous, tout simplement. Je ne connais pas plus fort que lui. Il a peut-être été décrié à certains moments après une ou deux erreurs, mais ce qu'il apportait à Lyon sur une saison était énorme ! Ses qualités techniques, de passe, sa vision du jeu, pfff... Un très grand joueur. Si Barcelone l'a voulu, ce n'est pas un hasard. Je me souviens que le soir de son premier match avec l'OL, contre Saint-Etienne, j'étais en déplacement à Nantes. Après le match, Jean-Michel Aulas m'a appelé et m'a dit : "Finalement, il n'est pas si cher que ça" (11 Millions quand même !). Mon seul regret est de ne pas avoir pu former un duo Cris-Edmilson. Cela aurait été extraordinaire ! Leurs qualités sont parfaitement complémentaires."
Eric ABIDAL (OL de 2004 à 2007)
"Je pense sincèrement que Fabio Grosso n'est pas très loin derrière. Mais Eric Abidal reste néanmoins au dessus. D'ailleurs, s'il a signé à Barcelone, cela veut quand même dire quelque chose. C'est un défenseur costaud dans les duels, qui va vite, a une grosse explosivité. Seul problème, il a parfois quelques absences... Et puis, en phase offensive, contrairement à Grosso par exemple, il n'est pas très efficace, en particulier sur les centres. Si l'Italien jouait à Barcelone, dans une équipe qui passe 75 % de son temps dans le camp adverse, il aurait déjà donné beaucoup de passes décisives. Ceci dit, ce qu'on demande en premier à un défenseur, c'est de défendre. Et ça, il faut admettre que Eric le fait très bien."
Mahamadou DIARRA (OL de 2002 à 2006)
"Le milieu défensif par excellence. C'est moi qui suis allé le chercher à l'époque. Je l'observais, le regardais jouer, sans trop lui parler de Lyon. Il y avait une certaine forme de respect entre nous. Je savais que, dans le contexte africain, il fallait y aller doucement. Mais ce que je percevais également, c'est que, si je parvenais à le faire signer à l'OL, il réaliserait une grande carrière. C'est ce qu'il a fait, au point de jouer aujourd'hui au Real Madrid. A Lyon, "Djilla" courait peut-être deux fois moins que Toulalan, mais sa science du placement, de l'anticipation et son impact physique lui permettait d'être au moins aussi efficace dans la récupération du ballon. Il avait également une grande qualité de contrôle, de relance, un bon jeu de tête... Tout cela en faisait un élément incontournable. La plaque tournante de l'équipe."
Michael ESSIEN (OL de 2003 à 2005)
"Dans l'idée de constituer une équipe type en 4-4-2, je vais mettre Michael Essien à droite. Il est arrivé chez nous très jeune. Sa marge de progression était encore importante. Mais quel talent déjà ! Quelle force athlétique ! Il était à la fois bulldozer et très fin techniquement. Il était capable d'aller au bout de ses actions, de marquer des buts. Je pense que si nous l'avions conservé un ou deux ans de plus avec Diarra, nous aurions déjà gagné la Ligue des Champions."
Franck GAVA (OL de 1992 à 1997)
"Techniquement au dessus du lot. Il savait tout faire. Un vrai joueur de débordement, qui courait beaucoup, avait une excellente qualité de centre et un vrai sens du collectif. Un joueur complet, constant, qui n'avait peut-être pas la force athlétique d'un Malouda, mais affichait en revanche un meilleur rapport qualité/efficacité. Je l'ai vu faire des matchs énormes à Gerland ! Un excellent souvenir."
JUNINHO (OL depuis 2001)
"Je pense que Juni restera le joueur qui aura le plus marqué l'histoire du club. Il y a eu un avant et il y aura un après Juninho. Il est arrivé au club au bon moment, lui permettant de décoller, en particulier sur la scène européenne. Un milieu de terrain très complet, on ne peut plus doué techniquement, ultra-performant sur coup de pied arrêté, et qui sait aussi défendre. Et puis c'est également un garçon adorable..."
Sonny ANDERSON (OL de 1999 à 2003)
"Lui aussi a permis au club de franchir un cap. Sonny, c'était un attaquant très complet, un crack ! L'attaquant le plus fort que l'OL ait aligné depuis la remontée en Ligue 1. Un joueur comme Fred est tout aussi talentueux, mais moins efficace. Et puis Sonny savait se sublimer dans les grands rendez-vous. La marque des grands."
Karim BENZEMA (OL depuis 2004)
"Je mets Karim parce qu'il représente l'avenir et que, malgré son jeune âge, il a déjà un talent hors-norme. Très adroit devant le but, il est capable, comme Sonny, de porter le ballon grâce à une excellente technique individuelle. S'il poursuit sur cette voie, Karim sera peut-être le plus doué de tous. Il peut encore progresser. Ceci dit, le niveau qu'il affiche, à seulement 20 ans, force l'admiration. Une doublette Anderson-Benzema, cela aurait été pas mal..."
Puis Lacombe poursuit en évoquant des joueurs qui auront marqué selon certains critères posés par le journaliste, et on y découvre des points de vue assez étonnants, notamment pour Hatem Ben Arfa et surtout Florent Malouda :
Le plus professionnel : "Juninho, incontestablement."
Le plus fêtard : "Allez, on va dire Govou..."
Le meilleur rapport qualité-prix : "Juninho. Il était libre !"
Le plus gros flop : "Torben Frank (1992, ex-international danois) n'a disputé qu'un match, mais il s'est blessé. C'était un bon joueur. En fait, je dirais plutôt l'Allemand Thomas Pfannkuch (1991-1992). Lui, malheureusement, il a joué..."
Le plus attachant : "Je vais en citer deux. Mahamadou Diarra, que je considérais comme mon fils, et Claudio Caçapa. Un garçon extraordinaire que j'ai encore régulièrement au téléphone."
Le plus doué : "Sans hésiter, Hatem Ben Arfa. En vingt ans à l'OL, je n'ai pas vu un gamin plus doué que lui avec un ballon. Malheureusement, cela ne fait pas tout..."
Le plus inattendu : "David Linarès. Un joueur pas forcément doué au départ, mais qui a beaucoup travaillé pour rattraper son retard. Des qualités humaines formidables qui en faisait le coéquipier parfait dans une équipe."
Le plus surcoté : "Pour moi, c'est Florent Malouda. Un joueur aux qualités athlétiques monstrueuses, mais à qui il manque un peu de talent balle au pied. Il a des carences. Par rapport au club où il joue, je pense que c'est un joueur un peu surfait, surcoté donc."
Le plus beau but en vingt ans : "Il y en a quelques uns ! Je vais dire la frappe de Sonny côté gauche, qui lobe Porato à Gerland (Monaco) et dont le ballon atterrit lucarne opposée. Il y a également l'enchainement de Juninho à Nice, et surtout son exploit personnel au Stade Vélodrome, où il élimine quatre joueurs avant de tromper le gardien. Oui, pour moi c'est celui-là le plus beau. Plus récemment, j'ai bien aimé aussi le but de Bodmer contre Bordeaux."
Je trouvais cet entretien particulièrement intéressant pour avoir un point de vue de quelqu'un qui connait bien la maison, un point de vue généralisé sur les 20 années écoulées, dans lesquelles on peut y prendre divers éléments pour toujours mieux construire l'avenir.