La fureur du Dragon
Par Matthieu Terrats "lindep"
"Où va-t-on finir ? Je ne sais pas. Mais si on continue à bien jouer et gagner, tout est accessible", ambitionne l'entraîneur des Dracs, Trent Robinson.
La frustration d'une défaite imméritée à Warrington (15-6) était trop grande. Hier, sur le pré du Temple, les Dragons ont évacué les restes de ce que bon nombre de spécialistes n'ont pas hésité à qualifier de "meilleur match de Super League de l'année". Tous galvanisés par la séduisante perspective de récupérer une troisième place abandonnée une semaine plus tôt au profit de Saint-Helens, comme par l'envie farouche de clouer le bec aux Airlie Birds.
Des mouettes qui ont fait les frais de leurs cris stridents et irritants poussés depuis le report de la deuxième journée (11 février), pulvérisées dès leur entrée dans l'espace aérien des Dragons (44-14). Le tout pour un feu d'artifice avant l'heure en ce jour de fête nationale, célébré comme il se doit par huit essais... tous inscrits par des étrangers, pour l'anecdote.
Des Dracs qui faisaient feu de tout bois d'entrée de jeu, mais qui laissaient trois occasions en cours de route (1re, 3e, 5e). Se heurtant, du coup, au réalisme 'so british' des gars de la mer du Nord, qui pointaient en dame sur leur première incursion dans les 20 mètres catalans (8e) par Crooks, côté droit. Un comble pour une équipe qui porte habituellement à gauche (Manu-Yeaman-Briscoe). Preuve que quelque chose ne tournait pas rond dans cette entame.
Attaque retrouvée
Mais aux abords du quart d'heure de jeu, les Dragons remettaient les 'pendHull' à l'heure. En défense d'abord, sous l'impulsion d'un Baitieri au four et au moulin. En attaque aussi, par l'intermédiaire de ses fers de lance offensifs : Scott Dureau (lire par ailleurs), Clint Greenshields et Leon Pryce. Avec, en prime, une grande variation dans le jeu. Essais en bouts de ligne (Millard, 31e, 42e, Blanch, 48e), combinaisons (Pryce, 13e), passes au pied (Greenshields, 68e), exploits personnels (Dureau, 39e, 39e, Greenshields, 74e) : tout y est passé. "A Warrington, on était content de notre jeu mais pas de notre exécution, rappelait après-coup l'entraîneur Trent Robinson. Alors que là (face à Hull FC), on a peut-être fait notre meilleure première mi-temps depuis longtemps".
Depuis le 9 avril, à vrai dire, face à Warrington (victoire 44-16), les Dragons n'avaient pas réalisé un match aussi plein, avec une telle efficacité à la clé. Renouant ainsi avec leur rugby, doublé désormais d'une agressivité défensive qui semble avoir gagné en constance, "même si on aurait pu éviter ces 14 points au tableau d'affichage", tempère 'Robbo' l'insatisfait.
Qu'importe, des Dragons ont ravivé une flamme vivace qui anime leurs jambes et leurs regards. Troisièmes de 'SL', le nouveau Super Leaguer Julian Bousquet (1re apparition hier soir) et sa bande recollent aux basques de la meute des Loups du Cheshire (2e à 1 point devant). Et se prennent même à rêver. "Où va-t-on finir ? Je ne sais pas, lâche Robinson. Mais si on continue à bien jouer et gagner, tout est accessible".
Dureau, ce grenat catalan
Par B. O. "lindep"
Auteur de 20 pts, Dureau a été l'homme du match hier.
Hier encore Scott Dureau a fait son show. Pas un scoop en soi, mais quand même. Car hier, bien au-delà des 20 points inscrits (2 essais et six transformations), l'Australien a été tout simplement somptueux, attaquant la ligne de défense toutes voiles dehors. Les 18 journalistes présents n'ont d'ailleurs pas hésité longtemps avant d'élire 'Scott' homme du match, avec 17 suffrages et une voix pour le pilier Paea.
Et la palette du parfait technicien a pu être en ce 14 juillet appréciée par le public. On a tout d'abord admiré le Dureau passeur, avec cette offrande pour Pryce. Puis le Dureau déroutant d'efficacité, avec ses feintes de passe qui, en plein été, ont enrhumé des Anglais pantois. Un essai à diffuser en boucle dans toutes les écoles de rugby.
Puis enfin, avant la pause, le Dureau roublard. Un renard de surfaces. Les Dragons menaient alors 18 à 8, mais Hull était tout prêt de marquer. Au lieu de ça, Dureau intercepte. Il file déposer 90 mètres plus loin l'essai de la gagne. Celui-là même qui a anéanti les prétentions anglaises. L'efficacité même. On comprend aisément que Peter Gentle, l'entraîneur des Airlie Birds, aurait bien aimé enrôler le grenat catalan : "Il nous a fait de tout, il faudra défendre autrement la prochaine fois sur lui". Hull, lui, avait hier un bien triste demi de mêlée. Brett Seymour a rapidement sombré. Faute à une défense catalane qui ne lui a pas donné la même liberté d'expression que celle dont a bénéficié Dureau.
Et le stratège "sang et or" prouve aussi qu'il ne pêche pas par gourmandise. À la 48e il récupère un ballon perdu par les visiteurs. Cette fois encore, il file à l'anglaise mais préfère mettre sur orbite la fusée Blanch pour finir le travail.
Exceptionnel
L'antre des Dragons Catalans fait alors résonner des "Dureau ! Dureau !", saluant la prouesse de ce génie du rugby. Un garçon qui a bouclé hier avec classe sa quatrième prestation en quatorze jours. En toute humilité 'Scotty' saluait le travail des siens : "Les avants m'ont aidé à faire ce match. C'était important pour le club de mettre un point d'honneur à bien battre cette équipe, qui a mal parlé de nous dans les médias".
Mais hier, les fans se sont aussi délectés de son jeu au pied. Ce dernier pourtant chatouillé de près avec, parfois, quelques secondes de retard, a distillé des chandelles qui ont mis le feu autour de McGoldrick et consorts. Et pour compléter l'éventail, la démonstration a vécu son couronnement sur une passe au pied pour Greenshields. Le mot de la fin revient à coach Trent Robinson : "Depuis six semaines je pense qu'il n'était pas à son niveau. Il s'est ratrappé en première mi-temps, mais j'ai surtout aimé sa façon d'attaquer la ligne. Il a été fort, mais les autres aussi".